Les sports collectifs, vecteurs de territorialités

Ce nouveau numéro d’Études normandes complète le travail engagé par les numéros 1-2011 et 2-2012, et interroge sous de nouveaux angles des manières de faire communauté et de faire territoire par le sport. Que savons-nous des territoires concrets et des communautés locales que produisent les sports collectifs ?

Si les communautés sont des construits historiques, c’est bien au Havre que fut créé, dès 1872, le premier club « de football » en France. Bertrand Lécureur fait œuvre utile, et donne à lire ce qui se tisse entre cette ville, son port et « son » club dit « doyen » du HAC. Justin Lecarpentier raconte le rapport des clubs normands à la Coupe de France, qui leur permet de gagner en visibilité, et de figurer parmi les plus grands. Benoît Hinard montre ce que les passions partisanes doivent, dès l’émergence du football professionnel, aux associations de supporters.

Si les pratiques font territoire, c’est également par le HAC que le rugby fut introduit en Europe continentale, et on y a joué très tôt en Normandie. Comment comprendre, dès lors, que le rugby soit resté dans son développement aussi limité dans la région ? N’est-ce pas paradoxal, alors qu’on sait que des parties effrénées de choule se sont pratiquées pendant plusieurs siècles dans les campagnes normandes ? Comment comprendre, d’ailleurs, que ces pratiques aient disparu ? Une mémoire vive de ces usages motive aujourd’hui des tentatives de réinvention, dont témoigne Jean-Philippe Joly.

Le monde des sports évolue sous le contrôle et grâce aux aides des services de l’État. Ce numéro mobilise les compétences de la DRAJES (Délégation régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports), que nous remercions. Anne-Laure Picot éclaire la place et les formes du sport féminin, et montre qu’il ne cesse de changer de configuration et de progresser. Sait-on que le nombre de licenciées en football dépasse désormais celui des licenciées en basket ? La Normandie est aussi une terre d’accession au sport de haut niveau, dont Sylvain Virey décrypte pour nous les rouages, les complexités et les ressources.

Enfin, que faut-il comprendre de la volonté de faire de la Normandie une « base arrière » des Jeux olympiques de Paris 2024 ? C’est la question que pose Charles-Édouard Houllier-Guibert.

Il reste évidemment beaucoup à apprendre et à étudier. Qui affronte ces questions mesure aussitôt les limites de ce que nous pensons connaître, et perçoit l’intérêt qu’il peut y avoir à rassembler régulièrement les savoirs, mêmes parcellaires, dont nous disposons. C’est ce à quoi s’emploie cette revue, depuis 1951.

Bonne lecture !

Damien FÉMÉNIAS, professeur des universités, université de Rouen Normandie, et Gérard GRANIER, président d’Études normandes

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