La Normandie, terre d’expérimentation de technologies douces
La low-tech, anglicisme repris par le vocabulaire francophone, peine encore à trouver sa traduction. Souvent opposée à la high-tech (ou haute technologie), sa transposition littérale – basse technologie – paraît difficile à tenir du fait de son caractère dépréciatif mais aussi, parce que la low-tech véhicule, au-delà de sa dimension technique ou technologique, un projet social, politique et organisationnel en rupture avec le modèle dominant. Les concepts d’économie circulaire, de convivialité, d’autonomisation des acteurs, de sobriété, de simplicité, d’efficience, mais aussi de décroissance voire de marginalité y sont facilement associés.
Ce numéro consacré aux technologies douces – terme qui recouvre de façon imagée et symbolique une sorte de pacte de non-agression avec la nature et nos environnements – exprime la dynamique de cette approche renouvelée du vivre-ensemble. La variété de ces expériences socio-technologiques, ses fondements historiques parfois, ses capacités à mobiliser une pluralité d’acteurs, sont le signe de l’intérêt de la communauté normande pour inventer, imaginer, partager des modes de vie pérennes. Les acteurs institutionnels, parfois frileux pour défricher ou soutenir de nouveaux champs socio-économiques, ne s’y sont pas trompés ; ainsi, l’ADEME au travers ses appels à projets, la Région par ses financements et le rapport du CESER de 2026, le GIEC 3 normand par son appel à traiter de nouvelles thématiques, sont les témoins d’un changement de paradigme naissant où ces technologies douces ont toute leur place.
La low-tech est ici montrée au travers d’expériences de boulangerie solaire, de réseaux de moulins à eau, de la pierre sèche, de l’élevage de moutons et de la filature de leur laine. À côté de cette ruralité, on trouve des centres urbains plus conséquents (le Hangar Zéro du Havre, par exemple), mais aussi dans des interstices géographiques où se déploient le biochar, la production d’œufs ou des festivals comme celui des Chemins de travers.
Si l’imagination, l’inventivité et la curiosité sont ici mobilisées, cet univers n’est pas exempt de difficultés : accès aux financements parfois difficiles faute de compréhension de l’univers de ces technologies par les acteurs traditionnels et, plus généralement, manque de fonds propres ou modèles économiques n’ayant pas encore trouvé pleinement leur équilibre. À ceci s’ajoutent, comme l’illustre l’article conclusif, des obstacles juridiques d’un droit conçu pour la standardisation et la production de masse.
Le monde n’est pas parfait et celui de ces technologies douces non plus ! Toujours est-il que la variété de ces initiatives montre qu’il est possible de l’imaginer autrement, dans une logique de préservation du vivant et de nos environnements au bénéfice du plus grand nombre et de leur bien-être.
Nicolas PRAQUIN et Charles-Édouard HOULLIER-GUIBERT, enseignants-chercheurs à
l’Institut d’administration des entreprises (IAE), université de Rouen-Normandie

