Les îles Anglo-Normandes, un passé qui se conjugue au présent

Les îles Anglo-Normandes revendiquent un passé historique normand toujours présent dans leurs institutions, leur droit, leur langue ou encore leurs noms de lieux.
Les Anglo-Normands savent en effet se souvenir de leur passé normand lorsqu’ils affirment fièrement que leurs ancêtres ont historiquement conquis l’Angleterre sous le règne de Guillaume, lorsqu’ils portent un toast « à la reine notre duc » ou lorsqu’ils respectent le Grand Coutumier de Normandie du xiiie siècle. Mais les îliens savent aussi rendre hommage à ces souverains anglais auxquels ils ont fait allégeance au début du xiiie siècle en célébrant chaque année, à coups de canon, le « Birthday Queen » ou en respectant baillis et lieutenants-gouverneurs nommés par la Couronne anglaise. Enfin, si les îles n’ont jamais appartenu à la France malgré de nombreuses tentatives de conquête, elles sont cependant très françaises par la culture et par l’esprit. Le Français est resté ainsi la première langue officielle de l’île jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Parlée par de nombreux insulaires, la langue française a longtemps été employée dans de multiples documents judiciaires toujours en vigueur et elle est encore utilisée devant les Cours royales de Jersey et de Guernesey.
Mais la richesse des îles de la Manche vient aussi de la singularité de chacune des composantes de cet archipel. Qu’il se rende à Jersey, Guernesey, Aurigny, Sercq, Herm ou encore aux Minquiers ou aux Écréhou, c’est pour le voyageur la certitude d’un séjour dans des lieux uniques chargés d’histoire et de poésie mais également bien ancrés dans le réel. Composé d’États modernes, dont l’économie repose principalement sur la finance et le tourisme après avoir été longtemps agricole, l’archipel anglo-normand entend bien faire entendre sa voix et sa singularité sur la scène internationale. Bien que n’appartenant pas à l’Union européenne, les bailliages de Jersey et de Guernesey ont obtenu d’avoir leur propre représentation à Bruxelles et, à l’heure du Brexit, les îles de la Manche ont su nouer des relations avec les États membres de l’Union européenne dont notamment la France. Signataires de la Convention européenne des droits de l’homme, elles se doivent également de tenir compte de ses prescriptions pour adapter, sans les renier, les anciennes lois normandes encore en vigueur.
Ce dossier sur ces anciennes possessions ducales entend ainsi rendre hommage à nos « cousins » anglo-normands et à ces îles conservatrices de notre patrimoine normand.

Sophie POIREY, maître de conférences en histoire du droit, université de Caen Normandie

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Les îles Anglo-Normandes,
entre passé et présent