Diable et sorcellerie, une histoire de l’intime

Le Diable est omniprésent dans notre société depuis des siècles au point de constituer le sujet de bon nombre d’expressions du quotidien, et d’être au centre de romans, de films, de publicités. Nous pourrions ne plus le voir si, par l’entremise de quelques faits divers, son influence supposée ne nous rappelait pas qu’il était avant tout l’incarnation d’un mal qui ne quitte pas les hommes. L’utilisation de sa figure peut alors apparaître dangereuse à certains, à moins qu’en la mettant en avant, l’on ne cherche à exorciser ce mal, au sens figuré, et finalement à le maintenir à distance – peut-être vaine intention –, tout au moins à nous rassurer. En Normandie comme ailleurs (et même plutôt plus qu’ailleurs aux XVIIe et XVIIIe siècles), la figure du Diable est apparue tantôt pour désigner l’un des ducs fondateurs de la lignée de Guillaume le Conquérant (Robert le Diable), tantôt pour conter comment, en vainquant la Gargouille, saint Romain permit aux habitants de la ville de Rouen d’en être libérés. Il est apparu d’autres fois presque réellement, en tout cas en fut-il ainsi pour Madeleine Bavent, dans l’affaire des possédées de Louviers, et pour bon nombre de magistrats ou d’ecclésiastiques d’avant les Lumières, appelés à juger des hommes et des femmes qui ont vu le Diable, du moins le croyaient-ils.
Si Lucifer n’a pas élu domicile seulement en Normandie, c’est bien là qu’il a pris une dimension politique et qu’il a quitté le champ judiciaire, chassé du Parlement par la volonté de Louis XIV, au grand dam de nos juges normands suite à l’affaire dite des sorciers de La Haye-du-Puits. Dorénavant, le Diable se replie dans les intérieurs familiaux, comme l’illustre si spectaculairement l’affaire de Landes-sur-Ajon, avant de se réfugier plus profondément dans les imaginaires, ressorti des marais du Cotentin par la grâce de Barbey d’Aurevilly, écrivain de génie anticonformiste.
Mais le Diable a-t-il totalement disparu de nos esprits ? C’est en quittant les historiens pour rencontrer les témoins de notre époque, journaliste, anthropologue, exorciste, que quelques réponses nous sont apportées.
À travers ces regards multiples, la place du Diable dans notre région est posée, permettant de faire émerger une histoire de l’intime, des peurs et des fantasmes et de comprendre quelle place il occupe encore dans notre environnement.

Stéphane VAUTIER, agrégé d’histoire et géographie

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Le Diable en Normandie
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