Édito

La Normandie et l’Angleterre

Une centaine de kilomètres séparent Cherbourg de Poole et Dieppe de Newhaven. La « petite mer franco-anglaise » n’est pas une séparation, mais un trait d’union. La circulation des voyageurs et des marchandises est incessante d’une rive à l’autre, la pêche et la navigation de plaisance nous réunissent, de même que l’organisation de la sécurité en mer et la préservation de l’environnement. Les traces du passé nous rapprochent aussi (un numéro ultérieur, plus détaillé, leur sera consacré), la tapisserie de Bayeux, les îles « Anglo-Normandes », et, plus récemment l’industrie textile du xixe siècle, l’architecture de nos stations balnéaires, les bow windows et les jardins anglais. Plus proche encore de nous, et toujours présente dans nos consciences, la libération de 1944.

La mer de la Manche n’est pas une frontière, mais un facteur puissant de rapprochement. Quand nous voyons ces maisons de « résidents secondaires » anglais dans le bocage normand, ou ces files de Français faisant la queue à Londres pour le scrutin présidentiel, nous pouvons relativiser les barrières douanières comme les barrières physiques que les aléas politiques ont fait apparaître récemment. Le Brexit n’est sans doute qu’une parenthèse historique, comme l’est aussi le grillage qui enserre le port de Dieppe pour dissuader les migrants d’Afrique et du Moyen-Orient, et qui a matérialisé une frontière contraire à notre histoire commune.

England and Normandy

About sixty miles separate the French city of Cherbourg from Poole, and Dieppe from Newhaven. The “small Franco-English sea” is not a separation but a common bond. The flow of travelers and merchandise is constant from one bank to the other, fishing and recreational boarding bring us together, the same way it does between the organization for security at sea and environmental protection. The traces of past also bring us closer (to which a later issue will be fully devoted), the Bayeux Tapestry, the Channel Islands, that we claim as “Anglo-Norman”, and, more recently the 19th century textile industry, the architecture of our seaside resort, bow windows and English gardens. Even closer to us and still present in our minds, is the 1944 Liberation.

The Channel is not a frontier but a powerful understanding factor. When we see the English “secondary residents” houses in the Norman bocage, or also queues of French in London during the presidential ballot, we can put into perspective customs barriers as the physical barriers that political hazards have recently brought out. Brexit is probably just a historical bracket, as is the fence surrounding Dieppe to dissuade migrants from Africa and the Middle East, which established a frontier opposed to our common History.

Yves GUERMOND, professeur émérite de géographie à l’université de Rouen

Edito

Normandie, terre d’énergies

Le Grenelle de l’environnement de 2007 et le plan climat de l’Union européenne de 2008 ont donné un élan au cadrage réglementaire et contraignant de la transition énergétique. Pour sa part, la Normandie compte des atouts pour contribuer à ce que la planète ne dépasse pas les deux degrés de réchauffement climatique d’ici à la fin du siècle.
La grande région est cependant plus connue pour ses raffineries et ses centrales nucléaires. La filière énergie compte 36 000 emplois, soit 3 % des emplois salariés du secteur privé de la région. Au cœur de cette filière, les activités de production d’énergie représentent 10 000 emplois, ce qui place la Normandie au premier rang des régions métropolitaines (Insee Analyses, no 22, janvier 2017) pour sa place relative dans l’emploi salarié privé. Ces industries historiques ne vont pas disparaître avant longtemps. La question est plutôt de savoir si, dans le contexte régional et les années à venir, les énergies renouvelables vont parvenir à prendre le pas sur le recours aux énergies fossiles.
Le premier défi repose sur les trois parcs éoliens au large des côtes normandes. Des consortiums se sont engagés à construire une nouvelle filière en région. L’hydrolien est le second pari sur l’avenir. Cette source d’énergie utilisant les courants marins est le fruit d’une recherche développement inédite menée par l’industriel OpenHydro en partenariat avec les universités normandes, portée par le laboratoire Lusac de Caen.
Troisième interrogation, les économies d’énergie. Les collectivités sont-elles vraiment conscientes de cet enjeu décisif ? Sait-on qu’une ville et une communauté urbaine – Malaunay et Alençon – multiplient les projets transversaux associant les citoyens pour atteindre l’autonomie énergétique ? Deux exemples de villes en transition à suivre !
Au fil des articles, le lecteur découvrira d’autres contributions sur la biomasse, l’éolien terrestre, le photovoltaïque, l’hydrogène… et sur l’usage actuel du site d’Antifer.
Au-delà des débats sur l’efficacité des énergies renouvelables, variable notamment selon les intermittences de la source, il faut miser sur les gains de productivité constants des nouvelles énergies. Et compter sur la clairvoyance des acteurs du territoire pour qu’ils développent le mix énergétique de la sobriété et des énergies primaires – le soleil, le vent, les courants, la chaleur du sous-sol, la biomasse…
La Normandie sera-t-elle au rendez-vous ? Au lecteur de s’en faire une idée au travers de ce dossier et à « pousser à la roue » partout où il se trouve !

Gérald ORANGE, professeur de gestion, université de Rouen

Nouveau numéro

La transition énergétique en Normandie