La qualité des eaux continentales, un enjeu majeur

L’eau en Normandie ? Ne sommes-nous pas dans une région bien arrosée ? Les clichés, en fait, sont tenaces, car rien n’est plus faux ! Il existe, pour commencer, d’importantes disparités pluviométriques qui font, par exemple, de la moitié est du département de l’Eure une des régions les plus sèches de France, avec la côte d’Azur et la plaine d’Alsace. La disponibilité de la ressource varie donc beaucoup d’un pays à l’autre.

Depuis quelques années, notre région connaît des épisodes de sécheresses tant estivales qu’hivernales. Mais le problème, pour l’alimentation en eau, ne se pose pas seulement en termes de quantité, mais surtout en termes de qualité.

Tous les pays européens avaient obligation de signer avant la fin de l’année 2009 – la France a donc signé dès 2002 – la Directive cadre sur l’eau (DCE) adoptée par l’Union européenne le 23 octobre 2000. Cette directive impose aux États signataires de restaurer la qualité des eaux douces souterraines et superficielles, mais aussi des eaux littorales. Et il s’agit d’une obligation de résultats et non pas de moyens. Les objectifs devaient être acquis en 2015. À cette date, malgré l’adoption de quelques mesures timides et disproportionnées, mal accueillies la plupart du temps, le compte n’y était pas, ni en France, ni en Normandie. Un document estimait qu’à l’échelon national, 69,2 % des masses d’eau souterraines étaient conformes sur le plan chimique… en comptabilisant les zones de montagne et les zones exemptes de nappes souterraines comme la Bretagne ou la partie cristalline du Cotentin. En revanche, aucune des régions de grande culture, les plus densément peuplées, n’était conforme, et la Normandie tout entière était dans le rouge. Pire, au lieu de s’améliorer, la situation s’était encore dégradée. Au lieu de diminuer, l’usage des pesticides a bondi de 25 % de 2008 à 2018. Pour échapper aux pénalités, l’échéance a été renégociée pour 2027…

Comme nous entrons dans la décennie 2020, il était opportun que ce numéro 14 d’Études normandes fasse le point sur la situation de l’eau en Normandie. Ce dossier propose donc un bilan de la qualité des eaux souterraines, d’où viennent les eaux distribuées, avec des problèmes récurrents liés à la pollution agricole des nappes. Seront aussi étudiés les cours d’eau, avec leur impact sur la vie halieutique et la pêche loisir, ainsi que leur renaturation dans une perspective de « bon état écologique ». La qualité sanitaire des eaux de baignade littorale, exutoire de tous les rejets continentaux, sera observée. Et en préambule, un focus sur l’histoire des usages de l’eau permettra de mieux comprendre la relation de l’homme, en Normandie, avec ce fluide vital. En prélude à une reconquête effective ?

Jérôme CHAÏB, consultant environnement, patrimoine et tourisme

Nouveau numéro

L’eau en Normandie,

une ressource à reconquérir